L’Onde Électrique n°488 (novembre 1967)

Introduisons donc

Je voulais aujourd’hui présenter une revue peu connue, il s’agit de l’Onde Électrique. Revue disparue aujourd’hui, évidemment. Le premier numéro que j’ai tiré pour une vraie analyse (j’en avais bien survolé un ou deux auparavant, mais bon) est celui de novembre 1967. J’ai rapidement constaté qu’il s’agissait d’un numéro spécial, relatif au « Colloque International sur l’électronique et l’Espace », qui eût lieu du 10 au 15 avril 1967 (mon anniversaire est dans cette plage, merci de me le souhaiter, mais je n’étais pas encore né).

Un numéro sur orbite

Tous les articles sont orientés électronique spatiale. Wouahou, j’ai été soufflé. Les articles sont relativement courts (4, 5, 6 pages), mais on sent que les auteurs sont sur une planète particulière (du milieu spatial, quoi). On n’est pas dans la vulgarisation ; des spécialistes « spacialistes » s’adressent à d’autres spécialistes. Il y a plein de choses dont je n’avais même jamais entendu parlé ! Allez, en vrac : le selsyn, le loi de Paschen, la notion de « couche limite » dans la propagation des vibrations acoustiques, la CCSL (compatible current sinking logic), l’USB (heu… la bande S unifiée, je veux dire)… À chaque fois, je me dis « p… c’est quoi, ça ? » L’égo en prend un coup dans la brique mais… quel bonheur de se dire que l’on va faire quelques recherches pour approfondir (« superficiellir » serait plus juste, restons modestes…)
Deux articles me paraissent particulièrement riches en apport d’informations : « L’électronique dans un lanceur spatial : conditions d’ambiance, choix et utilisation des composants » de D. NEVEU-LEMAIRE (Chef du département Diamant SEREB, rien que ça) et « Sélection unitaire de composants à usage spatial pour le satellite D2 » de H. BENBADIS et H. ELJARRAT (Texas Instruments France). Un que j’ai bien aimé, aussi, est « Du rôle de l’électronique dans la conception, le développement et l’exploitation d’un programme de lanceur spatial » de A. DAUGUET (Société pour l’étude et la réalisation d’engins balistiques). La lecture de ce numéro a été un vrai plaisir pour les yeux et les neurones… quel plaisir de lire, en 2018, la phrase suivante : « Aucun circuit intégré ne fut utilisé par suite du manque de connaissances suffisantes sur leur fiabilité au moment du choix. » (A. H. WULFSBERG, p. 1315) On parle de quoi ? Du module de commande du projet Apollo…
On est sur un numéro extrêmement technique, extrêmement spécialisé, pas mal mathématique, aussi. Finalement, on retrouve l’esprit et le niveau de la revue Électronique Applications. Le type d’articles que l’on ne reverra pas de sitôt en kiosques…
Ce qui me surprend, c’est que nous sommes en 1967, il y a donc plus de 50 ans, et on a des apports techniques hallucinants, qui montre un degré d’études dans le temps et de recul qui paraît très abouti… deux tableaux sur la fiabilité des composants sur orbite (SUR ORBITE, j’insiste), p.1259 et 1260 m’ont stupéfaits. Comment ont-ils eu de tels chiffres avec si peu de recul ? Comment font-ils pour dire qu’un condensateur céramique a un taux de panne sur orbite de 0,00316 % par 1000 h ? Le condensateur plastique, lui, a un taux de 0,38474. On voit aussi que les diodes, toutes technologies confondues, sont particulièrement fiables (0,00050) face au circuits intégrés (0,02601). La méthode, je le vois, ou plutôt, je peux l’imaginer, mais avec quel recul ont-ils fait ça ?
L’autre point qui m’épate c’est cette masse d’informations qui est donnée. En 2018, on a, c’est évident, une masse d’informations inimaginable sur le sujet de l’électronique dans l’espace, mais sont-elles mises à disposition du public de cette façon ? Sincèrement, je ne pense pas. Il doit bien exister un magazine hyper-spécialisé et destiné à une poignée de scientifiques triés sur le volet, mais je ne suis pas certain que l’on trouve un équivalent de ce niveau d’apports pour les gens « normaux ».

Il est l’heure

Bon, sur ce, je vais me coucher pour faire, c’est certain, de beaux rêves spatiaux (et électroniques, aussi !)

 
prof.maquaire ~ 03032018
document sous licence Creative Commons BY-NC-SA
mars 3, 2018

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